Pardonner, c’est bâtir de nouveau.

PARDONNER, C’EST BÂTIR DE NOUVEAU

 

Aujourd’hui le Christ prie pour que nous soyons en communion. La communion consiste à être unis. Être plusieurs et ne faire qu’un, comme les cinq doigts de la main. Mieux encore, comme le Dieu unique : Père, Fils et Esprit Saint.

Notre vocation est d’être unis comme Dieu : « Que tous soient un, comme toi, Père, tu es en moi, et moi en toi » (Jn 17,21). Nous serons unis à Dieu. Nous serons unis par Dieu : « Qu’ils soient un en nous ».                                                                                                                                                                       Mais alors pourquoi cette communion à laquelle nous sommes appelés et qui est notre destination finale est-elle si difficile ? Regardez les familles divisées, les fratries déchirées pour de sombres histoires d’héritage, les divorces dans des mariages qui avaient pour but l’union de la femme et de l’homme à l’image de Dieu pour ne faire qu’une seule chair, les nations dressées les unes contre les autres pour un petit bout de terre.

Que s’est-il passé ? Qu’y a-t-il dans le cœur de l’homme qui produise de telles divisions ? Le diable, diabolos, le diviseur utilise ses propres armes : l’orgueil, la jalousie, la rancune, la cupidité, la débauche. Quelle est l’arme que préconise le Seigneur pour construire cette unité ? Le PARDON. Regardez Étienne qui imite son Seigneur jusque dans la mort en pardonnant à ses bourreaux : « Seigneur, ne leur compte pas ce péché » (Ac 7,60).

Pardonner, c’est bâtir de nouveau, c’est reconstruire de manière plus belle encore à partir de ce qui est détruit. Peut-être allez-vous me dire : est-il réaliste de reconstruire quand la confiance a été trahie, quand l’orgueil est inaccessible au pardon, quand la certitude d’avoir raison rend imperméable à toute ouverture possible ? La réponse est oui. Car la première question à se poser est de savoir à qui fais-je confiance. Aux hommes ? À telle personne que je crois fiable ? Combien de gens trompés ne peuvent plus faire confiance à personne. L’amertume alors les conduit à être définitivement désabusées.

Non, c’est dans les mains de Dieu qu’il faut remettre sa confiance : « Seigneur Jésus, reçois mon esprit » (Ac 7,59). Oui, Étienne s’en remet totalement à Jésus comme Jésus lui-même a remis l’Esprit au Père dans son dernier souffle.

C’est ainsi que nous entrons dans cette Communion intime entre le Père, le Fils et l’Esprit Saint. Alors tout est possible au-delà des trahisons, des refus, des fermetures, des rejets, car nous savons que c’est Dieu qui construit cette paix, que Lui seul permet cette communion que rien ne peut détruire. L’histoire des hommes nous montre bien l’incapacité de construire une communion par nos propres forces. C’est de Dieu que pourra venir la véritable communion pour autant que nous lui fassions confiance.

Aujourd’hui est la journée mondiale de la communication. Entre communion et communication il n’y a qu’un seul mot ajouté : Cati. Cela veut dire donner du lustre, comme « décati » veut dire terne, vieilli. La communication doit permettre à la communion humaine de retrouver du lustre et de la jeunesse. Le Christ nous apprend que c’est Dieu qui se communique. Il faut donc que la communication puise à la source comme le dit le Livre de l’Apocalypse : « Qu’il vienne celui qui a soif » (Ap 22,17). C’est alors que la communication permettra la communion des cœurs dans cette prière unanime : « Viens, Seigneur Jésus » (Ap 22,20).

+Michel Aupetit, archevêque de Paris.                                                                                                                                                                        Dimanche 2 juin 2019 – Saint Sulpice

 

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