Abus dans l’Eglise : «que les gens reconnus coupables ou complices d’abus, soient punis»

ABUS DANS L’EGLISE : «QUE LES GENS RECONNUS COUPABLES OU COMPLICES D’ABUS, SOIENT PUNIS»

Un appel à la sainteté à l’occasion du chapitre général des Légionnaires du Christ

« Que les gens reconnus coupables ou complices d’abus, soient punis » : sœur Noëlle Hausman, théologienne, directrice de la revue Vies consacrées, s’exprime en ces termes dans La Croix à l’occasion du chapitre général des Légionnaires du Christ qui s’est ouvert à Rome lundi dernier, 20 janvier 2020. « Il ne nous appartient pas de détruire mais d’être plus fidèles », insiste la religieuse de la Congrégation des Sœurs du Saint-Cœur de Marie de La Hulpe (Belgique). Face à ceux qui auraient souhaité la dissolution de la Congrégation des Légionnaires du Christ et de son mouvement de femmes consacrées et de laïcs, elle répond, bibliquement : « Si personne ne veut aller jusqu’au bout de la conversion, l’œuvre s’éteindra d’elle-même. » Elle lance aux communautés secouées par des scandales un appel à la sainteté.

Punir les coupables

Avec le franc-parler qui a caractérisé naguère ses interventions lors d’un synode, la théologienne belge rappelle l’importance que les coupables d’abus soient punis: « Ce qui semble requis, dans la nouvelle affaire de pédo-criminalité révélée chez un Légionnaire du Christ au Mexique, c’est que les gens encore en poste, reconnus coupables ou complices d’abus, soient punis. Le véritable problème est que ceux qui auraient dû être sanctionnés, parce qu’ils ont couvert ces crimes ou qu’ils sont complices de Marcial Maciel, le fondateur des Légionnaires du Christ, ne l’ont pas été. Beaucoup de personnes moins compromises devraient aussi se mettre à l’écart, prier et se taire tout le reste de leur vie. Autrefois, la pratique de la pénitence était beaucoup plus assainissante qu’aujourd’hui, où l’on semble se contenter d’une vague demande de pardon. »

Un exemple programmatique

En novembre dernier, sœur Hausman a été témoin de l’exigence manifestée par le chapitre des frères de Saint-Jean, estimant que « la manière dont ils vont traverser les difficultés sera programmatique pour d’autres ».

Ce qu’elle redit maintenant dans La Croix pour les communautés catholiques où des scandales ont éclaté: « Certains demandent que le « cartel » de la Légion soit « démantelé ». La même question s’était posée à propos des Frères de Saint-Jean lorsqu’on a appris les abominations qui s’y étaient produites. Mais la manière dont Saint-Jean commence à se reconstruire devrait être considérée de près par beaucoup d’autres mouvements en crise. Car ils sont déjà allés très loin dans la démarche, bien plus que les Légionnaires du Christ jusqu’à présent. D’autres communautés sont aussi en cours de purification. On ne peut pas dire simplement qu’il faut tout jeter. Certes, lors de la naissance des nouvelles communautés, parmi les fondateurs qui ont été portés au pinacle, certains étaient pervertis dès l’origine. Mais d’autres étaient plus sains, et c’est l’admiration sans retenue, à l’intérieur ou à l’extérieur, qui a précipité leurs déviations. »

Un appel au courage

La théologienne de la vie consacrée en appelle au « courage » de la « nouvelle génération », et à la sainteté : « Il faut voir le poids des choses : il y a la question des puissances établies, de l’argent, des écoles, des grandes œuvres… Ce genre d’establishment survit hélas à toutes les dérives, parce que les institutions s’entretiennent elles-mêmes. Mais ce qu’il faut, ce sont des personnes courageuses, qui permettent cette formidable conversion qui fait redescendre de tous les piédestaux, et gagner enfin en humilité… Il faut des saints ! Les Légionnaires reconnaissent eux-mêmes que leur fondateur a défailli, qu’il ne peut pas être considéré comme un maître spirituel. Et il est clair que ceux qui ont été compromis avec lui doivent être retirés de leurs charges et sanctionnés. Il faut espérer une nouvelle génération derrière eux, comme ce qui se passe ici ou là.»

Elle rappelle les leçons de l’histoire et de la Bible: « L’histoire nous permet de voir que dans beaucoup d’endroits, il s’est passé des choses aberrantes, et que pourtant, une petite pousse saine résistait. C’est l’histoire même de la Bible. Jamais dans l’histoire de l’Église on ne s’est permis d’éradiquer définitivement un ordre, à part les Templiers, ou encore la Compagnie de Jésus qui fut supprimée pendant plus de 40 ans… avant d’être rétablie et de porter de nouveaux fruits. »

La souffrance des victimes

Surtout, sœur Noëlle Hausman évoque la « souffrance des victimes » de ces scandales: « La question est de savoir comment nous allons prendre au sérieux la souffrance des victimes et faire face. Au prix d’une profonde refondation des structures, et des personnes, un avenir est possible. Si personne ne veut aller jusqu’au bout de la conversion, l’œuvre s’éteindra d’elle-même. C’est la parabole du figuier stérile, rapportée dans l’Évangile (Luc, 13, 6-9) : le maître veut le couper, et le vigneron lui demande encore un an, pour travailler la terre autour. Il ne nous appartient pas de détruire, de faire table rase pour reconstruire, mais il nous appartient d’être plus fidèles. Et d’accepter ce temps du fumage ! »

Benoît XVI, alors le cardinal Joseph Ratzinger, a été le premier à prendre au sérieux les plaintes et à écouter les victimes de Marcial Maciel, envoyant au Mexique un enquêteur hors pair, devenu archevêque aujourd’hui, le Maltais Charles Scicluna : il découvre que les turpitudes du fondateur remontent aux années de jeunesse et qu’il a réussi à être ordonné prêtre malgré son renvoi de plusieurs séminaires et des études de théologie incomplètes.

Au seuil de la mort, un aveu tragique

Les livres de Nicolas Diat sur Benoît XVI (« L’Homme qui ne voulait pas être pape. Histoire secrète d’un règne », chez Fayard/Pluriel 2018, pp. 367-381) et celui de Nicolas Senèze sur le pape François (« Comment l’Amérique veut changer de pape », chez Bayard, p. 29) ont signalé une origine de la perversion de Marcial Maciel Degollado (1920-2008) dans un « commerce régulier avec le diable » jusqu’à la fin de sa vie.

Une source de N. Diat explique qu’il a fallu un long exorcisme pour qu’au seuil de la mort Marcial Maciel accepte de se confesser et d’assister à la messe dans sa chambre. Il avait auparavant en horreur la communion eucharistique, ne célébrait pas la messe quotidienne et ne priait plus, pas même le bréviaire. N. Diat cite ce témoin proche de Benoît XVI : « Il ne voulait pas entendre parler de Dieu ni de l’Eglise. Il a dit au père Cuorcuera qu’il ne croyait qu’au diable et à ses œuvres » (opcit. pp. 376-377).

Au fil des années, les turpitudes du fondateur ont été révélées les unes après les autres.  Si l’on ajoute à la gravité des faits la longueur exceptionnelle de son « règne », de 1941 jusqu’aux sanctions infligées par Benoît XVI en 2006, on comprend peut-être mieux les défis à relever pour le chapitre général, 14 ans plus tard, en Eglise, après s’être préparé dans la prière, lors d’une retraite.

Docteur en théologie (Université catholique de Louvain), soeur Noëlle Hausman a fait sa thèse sur: « La vie religieuse apostolique selon Ignace de Loyola et d’après Vatican II ».

JANVIER 22, 2020 16:17VIE CONSACRÉE                                                                                          About Anita Bourdin

 

 

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