Quelques remarques sur le Notre Père

QUELQUES REMARQUES SUR LE NOTRE PERE

 Une réappropriation.                                                                                                 La modification d’une formule du Notre Père n’aura pas pour seul effet de bouleverser nos habitudes si nous saisissons l’occasion de nous réapproprier un texte présent au cœur de nos assemblées liturgiques, de nos rencontres variées, de notre prière personnelle.  Prière fortement enracinée dans la tradition juive, riche de ces belles formules que Jésus pouvait redire à la synagogue et au temple. Prière originale de Jésus, le Fils unique, qui nous autorise à nous adresser directement à Dieu comme notre Père. Prière transmise par une communauté chrétienne, celle de Matthieu, qui a su conserver la teneur des paroles de Jésus dans la liberté de l’Esprit. Prière qui ne se limite pas à nos réalités quotidiennes mais ouvre à la réalisation du grand projet de Dieu pour notre monde, jusqu’à cet achèvement où Dieu sera tout en tous. Prière qui reprend des mots essentiels de notre foi, des mots plus ordinaires aussi, dont chacun ne peut être enfermé dans une seule signification, de telle sorte qu’elle oblige à toujours chercher plus et qu’elle interdit d’imposer à qui que ce soit une lecture unique et définitive.

 Une invocation.                                                                                                                                                         Le Notre Père est d’abord une prière de disciple.  C’est une prière enseignée par Jésus, ce n’est pas une prière de Jésus. L’invocation met en relief trois traits majeurs. Elle dit d’abord la grâce inouïe de vivre une relation familière et aimante avec un Dieu de tendresse et de bonté. Ensuite, le pronom « nous », que Matthieu retient, accentue le caractère communautaire de cette prière. Autrement dit, se reconnaître comme fils invite à agir en frère.  Enfin, que le Père soit aux cieux signifie que notre relation à Dieu ne se réduit pas à une relation de proximité : Dieu est là et au-delà, il est trouvé et toujours à chercher.

 Pour toi.                                                                                                                                                                        Les trois premières demandes sont tournées vers Dieu, ton nom, ton règne, ta volonté. La demande centrale est au cœur de la prédication de Jésus qui « proclamait la Bonne Nouvelle du Royaume » (Mt 4,23). Elle a nourri l’espérance des premières communautés chrétiennes dans l’attente du retour du Christ, « Notre Seigneur, viens » (1Co 16,22), comme elle doit porter plus haut notre regard vers l’accomplissement de l’œuvre du Christ.  Le Nom c’est Dieu en personne qui se révèle proche et mystérieux (Ex 3,14), un Nom qu’on ne doit pas invoquer en vain (Ex 20,7), un Nom profané parmi les nations, mais que le Seigneur sanctifiera (Ez 36,23).  Le Nom divin accompagne l’existence du croyant, étant entendu que l’entrée dans le royaume des cieux exige de mettre en pratique la volonté du Père qui est dans les cieux (Mt 7,21). Ce qui est réalisé dans les cieux demande à l’être de même sur la terre, « ainsi dans les cieux, aussi sur la terre ».  Que ce programme soit d’abord l’œuvre de Dieu ne dégage pas le croyant de sa responsabilité.

Pour nous.                                                                                                                                                                                      Les trois dernières demandes font passer du « toi » au « nous ». 

On demande d’abord que Dieu nous donne tout ce qui est nécessaire à notre existence concrète, l’expression « notre pain quotidien » ou « notre pain de ce jour » ne pouvant se réduire à une seule signification.  La demande de pardon s’exprime dans le langage de la dette, qu’on peut traduire avec Luc par péché (cf. Lc 11,4). La référence à nos remises de dettes, ne veut pas dire que le pardon divin est suspendu à notre bon vouloir. Elle implique plutôt une cohérence dans notre vie. On ne peut demander pour soi, ce que l’on refuse à autrui.  Il y a de bonnes raisons de penser que les deux dernières demandes n’en font qu’une, la conjonction « mais » étant appelée par la formulation négative « ne … pas », qui est unique dans une prière et pose des questions particulières.  Beaucoup de discussions ont tourné autour du substrat araméen, certains disent hébreu, qui justifierait une traduction « fais que nous n’entrions pas… ».  On ajoutera que le mot « tentation » peut s’appliquer à une mise à l’épreuve ou à la volonté de faire tomber, il peut aussi viser la grande épreuve finale.  De plus, on demande d’être délivré du Mal, si on comprend l’adjectif comme un neutre. On demandera d’être délivré du « Mauvais », du « Diable » si on y voit un masculin. Les deux sont possibles grammaticalement.  Si les deux demandes n’en font qu’une seule l’accent est mis sur la délivrance. Le verbe utilisé a un sens très fort, il décrit souvent dans les Psaumes un secours violent accordé par le Seigneur au dernier moment. 

 L’usage d’une nouvelle traduction permettra à chacun de redonner sens à ces mots que nous pouvons parfois réciter trop mécaniquement.  Que chacun puisse à travers ces mots redécouvrir l’image d’un Père plein de tendresse dont la volonté dernière est de sauver tous les hommes !

Père Joseph Auneau, chanoine

C@p 94

Le mensuel connecté de l’Eglise catholique du Val de marne

 

 

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