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Accueillir écouter tous

« ACCUEILLIR ET ECOUTER. TOUS. »

Dialogue entre le Pape François, deux jeunes filles et un prêtre sur la peur de la diversité et l’exclusion.

Dialogue du pape François avec les participants d’un congrès italien « Accueillir et écouter. Tous »: c’est le message du pape François pour le congrès de la Conférence épiscopale italienne sur le handicap, avec pour thème: « Et tu mangeras toujours à ma table » (2e livre de Samuel 9, 1-11).

Le pape a en effet reçu en audience les participants, samedi 11 juin, au Vatican, dans la salle Paul VI, à midi. Le congrès était promu par le secteur pour la Catéchèse des personnes handicapées du Bureau national italien de catéchèse qui célébrait son 25e anniversaire (11-12 juin 2016).

Le pape François a mis de côté le texte prévu pour répondre librement aux questions de deux jeunes filles et d’un prêtre sur la peur de la diversité et l’exclusion.

A.B.

La première question était très riche, très riche. Et elle parlait des diversités. Nous sommes tous différents : il n’y en a pas un qui soit identique à l’autre. Il y a des différences plus grandes ou plus petites, mais nous sommes tous différents. Et elle, la jeune fille qui a formulé la question, disait : « Bien souvent nous avons peur des différences ». Elles nous font peur. Pourquoi ? Parce qu’aller à la rencontre d’une personne qui a une différence, disons, pas forte, mais grande, est un défi, et tous les défis nous font peur. Il est plus facile de ne pas bouger, il est plus commode d’ignorer la différence et de dire : « nous sommes tous égaux, et s’il y a quelqu’un qui n’est pas aussi « égal », laissons-le de côté, n’allons pas à sa rencontre ». C’est la peur que nous provoque chaque défi ; chaque défi nous rend peureux, nous fait peur, nous rend un peu timoré. Mais non ! Les différences sont vraiment la richesse, parce que j’ai une chose, tu en as une autre, et avec ces deux-là nous faisons une chose plus belle, plus grande. Et ainsi nous pouvons aller de l’avant. Pensons à un monde où nous serions tous égaux : ce serait un monde ennuyeux ! C’est vrai que certaines différences sont douloureuses, nous le savons tous, ceux qui ont leurs racines dans certaines maladies … mais aussi ces différences nous aident, nous mettent face à un défi et nous enrichissent. C’est pour cela qu’il ne faut jamais avoir peur de la diversité : c’est vraiment le chemin pour s’améliorer, pour être plus beaux et plus riches.

Et comment cela se fait-il ? En mettant en commun ce que nous avons. Mettre en commun. Il y a un geste très beau que nous avons, nous, personnes humaines, un geste que nous faisons pratiquement sans y penser, mais c’est un geste très profond : serrer la main. Quand je serre la main je mets en commun ce que j’ai avec toi – si l’on serre la main sincèrement – : je te donne la main, je te donne ce qui est à moi et tu me donnes ce qui est à toi. Et c’est quelque chose qui nous fait du bien à tous. Allons de l’avant avec la diversité, parce que les différences sont un défi mais nous font grandir. Et pensons que, chaque fois que je serre la main à quelqu’un, je donne quelque chose de moi et je reçois quelque chose de lui. Ceci aussi nous fait grandir. Voilà ce qui me vient comme réponse à la première question.

J’ai oublié quelque chose au sujet de la première question, mais je le dirais maintenant avec celle qu’a faite Serena. Serena me met en difficulté, parce que si je dis ce que je pense … Elle a peu parlé, trois ou quatre lignes, mais elle l’a dit avec force ! Serena a parlé au sujet d’une des choses les plus terribles qu’il y ait entre nous : la discrimination. C’est terrible ! « Tu n’es pas comme moi, tu vas là-bas et moi ici ». « Mais je voudrais faire le catéchisme … – Dans cette paroisse, non ! Cette paroisse est pour ceux qui se ressemblent, il n’y a pas de différences … ». Cette paroisse est bonne ou non ? [La salle : non!]. Que doit faire le curé ? ….. Se convertir ? Il est vrai que si tu veux faire ta communion, tu dois avoir une préparation ; et si tu ne comprends pas cette langue, par exemple si tu es sourd, tu dois avoir la possibilité dans cette paroisse de te préparer avec le langage des sourds. Voilà, ceci est important ! Si tu es différent, tu as aussi la possibilité d’être le meilleur, c’est vrai. La différence ne dit pas que celui dont les cinq sens fonctionnent bien est meilleur que celui qui – par exemple – est sourd muet. Non ! Ce n’est pas vrai ! Tous nous avons la même possibilité de grandir, d’aller de l’avant, d’aimer le Seigneur, de faire de bonnes choses, de comprendre la doctrine chrétienne, et tous nous avons la même possibilité de recevoir les sacrements. Compris ? Quand il y a bien des années – cent ans, ou plus – le Pape Pie X disait qu’on devait donner la communion aux petits enfants, beaucoup se sont scandalisés. « Mais cet enfant ne comprend pas, il est différent, il ne comprend pas bien … ». « Donnez la communion aux petits enfants », a dit le pape, il a fait d’une différence une équivalence, parce qu’il savait que l’enfant comprend d’une autre manière. Quand il y a des différences entre nous, on comprend d’une autre manière. Même à l’école, dans notre quartier, chacun a sa richesse, il est différent, c’est comme s’il parlait dans une autre langue. Il est différent, parce que il s’exprime d’une manière différente. C’est un facteur de richesse. Ce qu’a dit Serena arrive bien souvent ; cela arrive bien souvent et c’est une des choses les plus terribles, les plus terribles de nos villes, de notre vie : la discrimination. Avec des paroles offensantes aussi. On ne peut pas être discriminé.

Chacun d’entre nous a une manière de connaître les choses qui est différente : l’un connaît d’une manière, un autre connaît d’une autre, mais tous peuvent connaître Dieu.

[Une petite fille s’approche du pape] Viens, viens …Elle est courageuse celle-là ! Viens … Celle-là n’a pas peur, elle prend un risque, elle sait que les différences sont une richesse ; elle prend un risque et elle nous a donné une leçon. Elle ne sera jamais discriminée, elle sait se défendre seule ! Voilà Serena, je ne sais pas si j’ai répondu à ta question. Dans la paroisse, à la Messe, dans les Sacrements, tous sont égaux, parce que tous ont le même Seigneur : Jésus, et la même maman, la Vierge Marie, Compris ?

[Une autre petite fille s’approche] Viens, viens … Une autre courageuse.

Le père qui a parlé en premier a posé quelques questions qui sont liées à ce qu’a dit Serena : comment les accueillir tous. Mais si toi …. – je ne m’adresse pas à toi, parce que je sais que tu accueilles tout le monde – ; mais je pense à un curé qui n’accueille pas tout le monde: quel conseil donnerait le Pape ? « S’il te plait, ferme la porte de l’église ». Tous ou personne … »Mais non – pensons à ce prêtre qui se défend – Mais non, Père, non, ce n’est pas ainsi ; je comprends tout le monde, mais je ne peux pas les accueillir tous parce que tous ne sont pas capables de comprendre … » – « C’est toi qui n’est pas capable de comprendre ! ». Ce que doit faire le prêtre, aidé des laïcs, des catéchistes, de beaucoup de monde, c’est aider tout le monde à comprendre : à comprendre la foi, à comprendre l’amour, à comprendre comment être amis, à comprendre les différences, à comprendre comment les choses sont complémentaires, l’un peut donner une chose et l’autre peut en donner une autre. C’est cela aider et comprendre. Tu as utilisé deux belles paroles : accueillir et écouter. Accueillir c’est à dire recevoir tout le monde, tout le monde. Et écouter tout le monde. Je vous dis une chose, je crois qu’aujourd’hui dans la pastorale de l’Église on fait beaucoup de belles choses, beaucoup de bonnes choses : dans le catéchisme, dans la liturgie, dans la charité, avec les malades … beaucoup de bonnes choses. Mais il y a une chose qu’on doit faire en plus, même les prêtres, même les laïcs, mais surtout les prêtres doivent faire en plus : l’apostolat de l’oreille : écouter ! Mais Père, c’est ennuyeux d’écouter, parce que ce sont toujours les mêmes histoires, les mêmes choses … » – « Mais ce ne sont pas les mêmes personnes, et le Seigneur est dans le cœur de chacune des personnes, et tu dois avoir la patience d’écouter ». Accueillir et écouter. Tous. Je crois qu’avec ceci j’ai répondu aux questions.

Je vous remercie beaucoup pour ce dialogue, pour cette visite, pour cette beauté des différences qui font une communauté : de l’un à l’autre et vice versa, et tout le monde fait l’unité de l’Église. Merci beaucoup et priez pour moi.

[Un petit enfant s’approche] Viens, viens toi aussi …

Maintenant, restez assis tranquillement, et comme de bons enfants prions notre Maman, la Vierge Marie. Tous ensemble prions la Vierge Marie. Je vous salue, Marie

S’il vous plaît priez pour moi. Merci.

13 juin 2016

Pape Francois
© Traduction de Zenit, Hugues de Warren
 
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